Faible taux de remplissage des barrages, malgré les fortes précipitations qui ont touché le pays (Abdallah Rabhi)

Le déficit enregistré au niveau des barrages dans tout le pays atteint, jusqu’au 6 février 2017, 281 millions de mètres cubes, avec des réserves qui n’ont pas dépassé 939 millions de m3, contre une moyenne nationale au cours des trois dernières années, de l’ordre de 1220 millions de m3, a indiqué Abdallah Rabhi, secrétaire d’Etat chargé des ressources hydrauliques et de la pêche, dans une interview accordée à l’agence TAP.
« Le taux de remplissage des barrages situés surtout dans le Nord-Ouest reste faible: Sidi Salem (Béja) n’est rempli qu’à 25% de sa capacité générale, Mellègue, à 35%, Bouhertma (Jendouba), à 34%, Joumine, à 37% et Sejnane, à 61% (Bizerte). Le manque de pluie se répercute grandement sur l’approvisionnement des barrages, le taux est inférieur à ces chiffres dans certains barrages dont celui de Houareb (Kairouan), rempli à seulement 7% », a-t-il ajouté.
Le niveau de l’eau à Sidi Salem, le plus grand barrage en Tunisie reste désespérément bas
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Le taux de remplissage du Barrage de Sidi Salem, le plus grand barrage en Tunisie est au 6 Février courant, de 132 millions de m3, contre 411 millions de m3, à la même période en 2016, alors que sa capacité de remplissage dépasse les 540 millions de m3. Toutefois, la saison des pluies n’est pas encore achevée et se poursuivra jusqu’au mois d’avril, a rappelé le secrétaire d’Etat.
 » L’Etat fournit de grands efforts pour maitriser et gérer les réserves en eau surtout après les années 2015 et 2016 qui ont connu des faibles précipitations. Une commission relevant du ministère de l’agriculture, est chargée du suivi de cette situation et de la mise en place de tous les scénarios possibles ainsi que des solutions y afférentes ».
Outre le fait que les dernières pluies n’ont pas été enregistrées dans les régions des barrages, les deux dernières années successives de déficit pluviométrique, ont mis à sec plusieurs barrages, qui ont entamé l’été dernier avec des réserves nulles. Les précipitations enregistrées au cours de cette année non suffisantes pour le remplissage des barrage, ont toutefois, été bénéfiques pour l’agriculture tunisienne et ont permis de diminuer les besoins en irrigation. C’est pour cela que la prochaine saison sera une grande saison pour les grandes cultures, les oliveraies et les agrumes.
Le secrétaire d’Etat a fait savoir que les précipitations sur tout le pays, sont d’une moyenne annuelle de 36 milliards de m3, dont seulement 4,8 milliards peuvent être exploités pour les barrages et les forages. Cette situation est marquée par une grande variabilité selon les années et les quantités de pluie enregistrées chaque année.
La Tunisie, un pays en-dessous du seuil de pauvreté hydrique
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La part annuelle de chaque Tunisien en eau potable est actuellement estimée à 450 m3, ce qui correspond à la moitié de l’indice de pauvreté en eau (IPE), fixé par les organisations internationales à 1000 m3 par habitant, ce qui place le pays en-dessous du seuil de pauvreté hydrique.
Le secrétaire de l’Etat a cité comme exemple le barrage de Nabhana (Kairouan). D’habitude, les réserves en eau atteignent 23 millions m3, mais l’année dernière, elles ont été de seulement 13 m3 et cette année, elles ont encore baissé à 8 m3. Ce barrage alimentait les zones irriguées de Kairouan, Sousse, Monastir et Mehdia et assurait surtout l’eau potable.
Une situation qui nécessite un suivi et une stratégie claire, a-t-il souligné, précisant que la priorité est d’assurer l’approvisionnement en eau potable et de rationaliser le système d’irrigation ainsi que de préserver les nappes phréatiques outre l’amélioration des services de la SONEDE.
Le barrage de Sidi Barrak assure l’eau potable à tous les tunisiens, depuis juin 2016
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Pour faire face à ces problèmes, la Tunisie dispose de réserves stratégiques se trouvant essentiellement, dans les barrages situés dans le Nord, dont ceux de Sidi Barrak et Barbara. Rabhi a indiqué que le barrage de Sidi Barrak, d’une capacité de remplissage de 286 millions de m3 assure l’eau potable pour tous les tunisiens depuis le mois de juin 2016.
La Tunisie a pour objectif d’assurer l’approvisionnement en eau jusqu’à 2050, à travers l’élaboration d’études sur la situation hydraulique dans le pays, jusqu’à l’année 2050 et d’une stratégie nationale de long terme et ce à travers la mobilisation des ressources hydrauliques traditionnelles (barrages…) et modernes (dessalement de l’eau de mer) et la création de cinq nouveaux barrages dont la réalisation est en cours ou démarrera prochainement : Serrat, Douimis, El Maleh et le grand barrage de Gafsa.
Le pays envisage de réaliser 39 grands projets dans ce secteur dont 19 barrages moyennant une enveloppe d’environ 4000 millions de dinars. Il s’agit aussi, de la construction du barrage de kalaa à Sousse et d’un barrage réserve, à Saida à La Manouba ainsi que renforcer la liaison entre les barrages, à travers la création de canaux à l’instar de celui de Medjerda.
Le dessalement des eaux de mer constitue aussi, une alternative efficace pour remédier aux problèmes de l’eau, à travers la création d’une nouvelle station de dessalement à Djerba-Zarzis, actuellement en cours, une autre à Zarat (Gabès) dont le démarrage s’effectuera au cours de l’année prochaine, une troisième à Kerkennah dont le financement est déja assuré, et une autre itinérante à Sousse.
Le secteur de l’eau nécessite une bonne gouvernance, à travers la participation de tous les intervenants dans le domaine. Parmi les autres solutions les plus efficaces pour faire face à la pénurie de l’eau, figurent les programmes d’économie de l’eau, l’organisation de campagnes de sensibilisation et de rationalisation de la consommation, et surtout la valorisation de l’eau.
La priorité est d’éviter la répétition du scénario de l’été dernier, en ce qui concerne les coupures et les perturbations dans l’approvisionnement en eau de certaines localités et zones rurales. Le citoyen, l’agriculteur, l’industriel, le secteur touristique sont tous appelés à économiser l’eau et à rationaliser sa consommation pour éviter son épuisement. Tout le monde doit s’impliquer parce ce que c’est une priorité collective et vitale, a-t-il souligné.

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