Les dégâts de l’inflation ne font que commencer

La dépréciation du dinar est une des principales causes de l’augmentation du taux d’inflation qui a atteint 5,7%, en aout 2017, contre 4,6%, au mois de janvier 2017 et les dégâts se font déjà sentir, s’accordent à dire Abdjelil Bedoui, professeur en économie et chargé des dossiers économiques au Forum Tunisien des Droits Economiques et Sociaux (FTDES) et Tarek Ben Jazia, directeur général de l’Institut National de la Consommation (INC).
Bedoui note que la dépréciation du dinar a favorisé la hausse des couts de l’importation, de la production et de la distribution des marchandises importées, précisant que le consommateur tunisien est le premier à en pâtir.
De son coté, Ben Jazia affirme que le glissement du dinars a eu un impact sur plusieurs secteurs et produits dont une bonne partie est importée ce qui explique le renchérissement des prix des articles d’habillement et des chaussures de 8,8% en dépit des soldes saisonniers, la hausse des prix des transports de 8% (vente des véhicules et des carburants) et l’augmentation des prix des huiles végétales de 18,5%, en aout 2017, par rapport à 2016.
Pour les deux responsables interrogés par l’Agence TAP, l’augmentation de l’inflation favorisera la croissance des importations, la baisse des exportations soit le déficit de la balance commerciale, l’aggravation de la contrebande et du commerce parallèle et partant la perte de la compétitivité aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
La hausse de l’inflation aura un impact négatif sur le pouvoir d’achat du citoyen et augmentera les problèmes des ménages, objet de pressions ce qui risque de freiner la consommation, d’après Ben Jazia. Les crédits accordés aux ménages durant le premier semestre 201, ont atteint 1080 Millions de Dinars (MD) alors que l’encours des crédits décaissés par ses banques a atteint 21,624 MD, au mois de juin 2017, précise-t-il.
Pour sa part Bedoui s’attend à une détérioriation du climat social due aux augmentations salariales que les syndicats ne manqueront pas de réclamer pour compenser la détérioration du pouvoir d’achat du consommateur, ce qui risque d’engendrer une crise avec la succession des grèves et le blocage de la production.
L’augmentation continue de l’inflation favorisera également la hausse des dettes des grandes entreprises qui seront obligées de rembourser leurs dettes en devises dit-il encore.
Le directeur de l’INC appelle les citoyens à maitriser leur consommation, à programmer leur achat et les autorités à à renforcer le rôle des structures de contrôles économiques (ressources humaines et logistiques) afin de garantir le contrôle des marchés et la transparence des transactions notant que le nombre du personnel actuel ne permet pas un véritable contrôle des différents circuits de distribution qui comportent 425 mille points de vente.
Quant à Bedoui, il fait remarquer que la baisse du taux d’inflation nécessité une forte volonté politique et des mesures exceptionnelles et urgentes afin de lutter contre le déficit de la balance commerciale et du budget.
Il appelle, à cet égard, à activer certaines clauses des accords commerciaux conclus entre la Tunisie et d’autres pays de manière à suspendre pour une période déterminée l’importation de certaines marchandises et à augmenter la taxation d’autres produits de luxe à l’instar des parfums et des tissus de haute qualité ainsi qu’à lutter contre les mafias des secteurs commercial et monétaire et l’évasion fiscale.
En Août 2017, le taux d’inflation a atteint 5,7%, contre 5,6% enregistré le mois précédent. Il est passé de 4,6% en Janvier 2017, à 5% au mois d’Avril, suivies d’une stabilisation à 4,8% en Mai et Juin. Il reprend de plus belle en juillet atteignant 5,6%, selon les données publiées par l’Institut national de la statistique.

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