« Il serait malvenu de revenir sur le processus de réformes économiques engagé dans les pays de la Zone MENA et Asie centrale » (responsable au FMI)

  » Il serait malvenu de revenir sur le processus de réformes économiques engagé dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord « , a déclaré Jihad Azour Directeur du Département Moyen-Orient et Asie centrale du Fonds monétaire international (FMI).
Dans un article publié sur le site du FMI intitulé  » Croissance économique et équité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord « , le responsable a indiqué que la montée des tensions sociales et des manifestations dans plusieurs pays de la région  » montre clairement que le désir de prospérité, d’équité et d’avenir des habitants de la région reste insatisfait jusqu’à maintenant « .
Quelques jours seulement avant la tenue d’une conférence régionale organisée par le FMI à Marrakech (Maroc), en coopération avec le Fonds monétaire arabe (FMA), le Fonds arabe pour le développement économique et social (FADES) sur le thème  » Opportunités pour tous : croissance, emploi et inclusion dans le monde arabe », Azour a estimé que la frustration des peuples de la région est compréhensible.
 » C’est justement pour cela qu’il serait regrettable que le processus de réforme économique en cours fasse marche arrière « , a-t-il encore fait savoir.
Et d’ajouter que les réformes sont essentielles pour régler les problèmes fondamentaux qui minent depuis très longtemps de nombreux pays de cette région : croissance faible, chômage élevé et corruption endémique.
Les déclarations d’Azour interviennent dan le cadre d’une série de prises de position des responsables du FMI à l’issue des manifestations qui ont éclaté en Tunisie pour protester contre les réformes inscrites dans le cadre de la loi de finances 2018 et accusant le FMI de vouloir imposer l’austérité en Tunisie sans tenir compte des catégories vulnérables.
Pour le responsable, les gouvernements doivent s’efforcer de mener les réformes en veillant à l’équilibre social, de façon progressive, et surtout, ils doivent tenir la promesse d’une vie meilleure pour tous, et plus particulièrement pour les personnes pauvres et vulnérables. 
 » Dans les programmes qu’il soutient, le FMI veille de plus en plus à ce que les personnes les plus vulnérables soient préservées des augmentations d’impôts et des réductions des dépenses « , a rappelé Azour.
Citant l’exemple de la Tunisie, il a rappelé que  » l’administration a élargi le programme de transferts monétaires en faveur des personnes à faible revenu, doublant ainsi le nombre de familles bénéficiaires et triplant le montant moyen des transferts. Les dépenses sociales globales ne peuvent pas tomber en dessous d’un seuil planché, conformément au programme soutenu par le FMI, a-t-il encore dit. 
Dans toute la région, le FMI prône la réduction des subventions à l’énergie, qui sont très coûteuses parce que ces subventions profitent principalement aux classes aisées, a souligné Azour, ajoutant que parallèlement, le fonds déconseille fortement de réduire les subventions alimentaires, par exemple pour l’achat du pain en Jordanie et en Tunisie.
Il a, dans le même cadre, évoqué l’échec du modèle d’assistanat adopté depuis des décennies, par de nombreux pays où le secteur public pourvoit à un cinquième des emplois.
 » Non seulement cette situation n’a pas contribué à améliorer la qualité des services publics dans la santé ou l’éducation, mais elle a aussi fortement réduit la possibilité, pour les Etats, de financer des programmes sociaux destinés aux populations vulnérables et des investissements plus que nécessaires dans les infrastructures « , a-t-il encore souligné.
Pour le responsable, les réformes à mener en priorité concernent essentiellement la réduction de la corruption, la promotion d’une concurrence loyale, l’investissement dans les compétences nécessaires pour la nouvelle économie, en particulier chez les jeunes travailleurs, en modernisant l’enseignement et la formation, et les aider à trouver un emploi.
Il s’agit, en outre, d’offrir des perspectives à chacun au moyen de politiques budgétaires équitables et porteuses de croissance, ainsi que d’une fiscalité juste et le renforcement des droits des femmes.
Evoquant la conférence de Marrakech, le responsable a indiqué qu’elle permettra de débattre  » avec des décideurs politiques et des représentants du secteur privé et de la société civile, des façons de contribuer davantage à la réalisation d’une croissance inclusive « .
« Il y a urgence, car l’embellie que connaît une grande partie de l’économie mondiale donne une occasion parfaite de progresser dans l’exécution de réformes qui se font attendre – dans cette région comme ailleurs « , a-t-il encore affirmé.
Et d’ajouter qu’il serait malvenu de revenir sur ces réformes ou de les remettre à plus tard, car ce sont les générations futures qui en pâtiraient. Nous devons donc veiller à poursuivre ces réformes et à les appliquer dans un souci d’équité, en tenant dûment compte de leurs répercussions sociales, et de manière progressive, en fonction des ressources disponibles et des conditions macroéconomiques.

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