Selon les spécialistes le coût indirect de la grève sera beaucoup plus pesant que son coût direct

La grève est un constat d’échec et son coût indirect sera encore plus lourd, ont déclaré les économistes, Ezzeddine Saidane et Aram Belhaj à l’Agence TAP. Même si les estimations du coût de la grève générale prévue, demain jeudi 17 janvier 2019, dans la fonction publique et le secteur public, varient selon les spécialistes, c’est l’impact indirect qui les inquiète le plus.
Pour Ezzeddine Saidane  » arriver à la grève, bien qu’elle soit un droit constitutionnel, est un constat d’échec. Cela signifie que tous les autres moyens de négociation ont échoué, et c’est très dommage, compte tenu de la situation économique et financière très difficile qui prévaut en Tunisie, actuellement « .
« Il semble que le gouvernement a manqué de vision globale. En l’espace de quelques mois, des augmentations ont été accordées au secteur privé, avec la bénédiction du gouvernement. Ensuite, des augmentations ont été accordées au secteur des entreprises publiques qui traînent des pertes cumulées de plus de 8 milliards de dinars, comme si on ne savait pas que, tout naturellement, les revendications de négociations allaient toucher aussi, la fonction publique  »
En effet,  » le gouvernement qui a accordé des augmentations au secteur privé et aux entreprises publiques s’est mis dans une situation où il est à court d’arguments devant l’Ugtt. La grève qui va probablement avoir lieu demain, sauf surprise de dernière minute, aura un coût direct et un coût indirect  » a t-il réitéré.
Et de poursuivre  » le coût direct est difficile à calculer mais plusieurs estimations se recoupent l’établissant aux alentours de 300 MD. Ce chiffre couvre aussi bien, le coût supporté par la fonction publique et les entreprises publiques mais aussi l’impact de la grève sur le secteur privé, car si les transports, les aéroports, les ports vont être paralysés, c’est que le secteur privé va en pâtir aussi « .
Mais le plus important reste selon l’économiste  » le coût indirect, c’est-à-dire le coût sur l’image du pays et de cette jeune démocratie. Si on admet que la seule manière valable de redresser une économie, c’est l’investissement, il faut être conscient que dans des conditions pareilles et devant une situation sociale aussi tendue, le premier secteur qui va souffrir, c’est l’investissement aussi bien local qu’étranger « .
« L’autre fait important c’est l’après-grève. Va-t-on poursuivre l’escalade jusqu’à atteindre la grève générale, qui paralyserait tout le pays?, parce que contrairement à ce l’on pense, la grève de demain n’est pas une grève générale. Si la réponse serait oui, le prix à payer sera très cher pour le pays  » a-t-il conclu.
Le coût monétaire de la grève sera de l’ordre de 50 MD (Aram Belhaj)
L’autre estimation recueillie par l’agence TAP, c’est celle de l’universitaire Aram Belhaj, qui considère qu’il est difficile de cerner le coût de la grève générale de la fonction publique en dinar tunisien. Toutefois, des chiffres comme 350 MD ou 200 MD lui semblent exagérés.
Belhaj admet que  » les méthodes de calcul du coût d’une journée de grève dans la fonction publique sont multiples, différentes et peu précises ».  » La méthode la plus simple repose sur la masse salariale (la masse salariale dans la fonction publique équivaut à la part de la valeur ajoutée dans le PIB, provenant de la fonction publique). Cette masse est aux alentours de 16 516 MD « .
 » Si on va considérer que le nombre de jours ouvrables est de l’ordre de 225 jours (en tenant compte des samedis et des dimanches qui sont des jours de repos et des jours fériés), le coût d’une journée de travail s’élèvera à 73,5 MD (16 516/225). Mais comme 35% des agents de la fonction publique ne sont pas concernés par la grève (près de 236 mille entre armée, forces de sécurité et autres secteurs exceptés de la grève), le coût monétaire de la grève diminue pour atteindre 48,5 MD (50 MD au maximum) ».
Toutefois, « hormis le coût monétaire, le coût réel reste substantiel à cause du climat malsain qui règne sur le pays. Il pèse lourdement sur les conditions du travail, pénalise fortement l’investissement et coûte des millions voire des milliards de dinars à la communauté nationale  » a-t-il encore souligné.

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