Négociations UE-Tunisie : Libérer les échanges sans échanger les libertés ?

La semaine du 23 avril 2018 sera marquée par le lancement des discussions, entre la Tunisie et l’Union Européenne, sur les conditions du commerce, avec pour finalité la signature de l’Accord de Libre-Echange Complet et Approfondi (ALECA), et ce, après avoir achevé, les négociations, entamées à partir de mardi, sur la réadmission de migrants et la facilitation des demandes de visas pour une petite partie des Tunisiennes et Tunisiens.
Selon un article, publié mardi, par le Forum Tunisien pour les Droits communs et sociaux (FTDES), sous l’intitulé  » Négociations UE-Tunisie : Libérer les échanges sans échanger les libertés ? « , les deux thématiques de la circulation des personnes et de l’augmentation de la libéralisation des échanges ont été liées à la suite d’une demande tunisienne. Ceci s’explique par la crainte de favoriser la circulation des biens, des flux financiers et des services, aux dépends de la circulation des personnes.
Selon le FTDES, les négociations que mène l’Europe en Tunisie répondent à deux de ses obsessions : rester l’acteur majeur du commerce international et contrôler les personnes qui peuvent accéder à son territoire.
 » Sur les deux sujets, la même logique est de mise et l’UE ne prend pas de risques dans ces négociations. En promettant de petites améliorations – quelques catégories de citoyens Tunisiens iront plus facilement en Europe, quelques secteurs pourront plus exporter – l’UE sert essentiellement ses intérêts directs, au détriment de la réciprocité des retombées positives « , a souligné le FTDES.
Et d’ajouter qu’outre  » le rapport de force déséquilibré dans ces négociations entre un pays de 11 millions d’habitants à l’économie encore très fragile qui est en reconstruction et une Union de 500 millions d’habitants qui est la première puissance commerciale au monde, l’UE impose des pressions de sorte à ce que les conditions de l’accord soient difficilement négociables pour la Tunisie « .
 » La conditionnalité de l’aide au développement implique que la Tunisie, pour obtenir des financements publics de l’Union, doit accepter de mettre en place certaines mesures ou réformes que l’Etat n’aurait pas forcément entreprises autrement « .
Dans ce cadre, le Forum a recommandé de lier totalement les questions de mobilité et de commerce, dans un partenariat plus large qui parte des priorités de la Tunisie, et non de celles de l’Union Européenne. Ce partenariat devrait permettre des conditions de circulation réciproques entre les citoyens des deux rives de la Méditerranée ; et favoriser la facilitation de mobilité de travailleurs non cadres (migration circulaire, saisonnière…) ; ainsi qu’assurer la réciprocité dans les politiques d’attribution des visas.
En ce qui concerne les relations économiques et commerciales, le FTDES a estimé que ce partenariat devrait identifier quelles actions permettraient réellement à la Tunisie de garantir des emplois, notamment aux jeunes diplômés et aux régions de l’intérieur.
Il a préconisé, dans ce cadre, d’assurer les transferts de technologie, à travers une coopération scientifique approfondie, et de s’orienter vers un modèle agro-écologique, afin de développer une agriculture adaptée aux conditions climatiques changeantes, à la rareté de l’eau et permettant de nourrir la population tunisienne dans une grande partie.
Le Forum a souligné, également,  » l’impératif de ne pas permettre, à travers des tribunaux d’arbitrage, de remettre en cause la souveraineté de l’Etat tunisien vis-à-vis d’intérêts de multinationales étrangères « .

Leave a Reply