Le plan Marshall en Tunisie: une solution pour repousser la faillite ou une dernière chance avant les vraies réformes ?

    La Tunisie semble se diriger vers une impasse financière sans précédent. Le peuple et le gouvernement n’ont montré aucun signe de vie, laissant augurer une nouvelle prise de conscience.

    Selon plusieurs lectures exhaustives et objectives, le pays a presque touché le fonds de la décadence. Tous les indicateurs sont au rouge et le pire est à venir. Ça sonne la faillite !

    En effet, les gouvernements qui se succèdent à la Kasbah ne cessent de lécher les bottes des institutions internationales et des pays occidentaux pour les inciter à nous aider financièrement.  À titre de rappel, le dernier prêt qui a été accordé ce lundi le 19 septembre 2016 s’élève à 645 millions de dinars. Ce crédit qui va être remboursé sur 25 ans sera destiné à combler le déficit budgétaire pour l’année 2016 qui pourrait atteindre 5,8 milliards de dinars selon les dernières révélations du nouveau ministre des Finances.

    Par ailleurs, sachant que le péril s’approche et qu’il est désormais une fatalité, plusieurs intervenants ont lancé un appel à l’Union Européenne pour faire bénéficier la Tunisie d’un plan Marshall. Ceci a été proposé comme étant l’ultime solution à nos difficultés économiques.

    Commençons tout d’abord par définir le plan Marshall. Historiquement, ça a été parmi les raisons principales de la montée économique flamboyante des États-Unis. Après la seconde guerre mondiale, Washington a engagé un plan de prêts aux profits des États de l’Europe pour les aider à reconstruire leurs villes détruites par la guerre féroce. Profitant de la situation dramatique et chaotique des pays européens, les États-Unis ont conditionné l’octroi de ces crédits par obliger l’Europe à importer (exclusivement des États-Unis) pour un montant équivalent. 

    Certes, les bénéficiaires principaux de ce programme furent les États-Unis. Mais l’Europe, quant à elle, a pu se relever de son gouffre et à retrouver vite la croissance malgré l’ampleur des dégâts.

    Théoriquement, un tel plan peut s’avérer bénéficiaire pour la Tunisie. Mais la dite révolution du jasmin nous a appris à ne pas céder aux rêves.  Il faut toujours se baser sur la réalité et sur les faits antérieurs. Par ailleurs, un plan Marshall à la Tunisienne serait chaotique.

    Manifestement, les gouvernements optent toujours pour des solutions de facilité. Aucune vision et aucune audace. Ce que craignent les économistes est vrai. Un plan Marshall pourrait donner un souffle important au gouvernement actuel. À travers les sommes obtenues, on peut recruter davantage et on peut même accélérer nos importations qui se situent actuellement à 40 milliards de dinars par an et on augmentera même les salaires qui passeront à plus de 15 milliards de dinars en 2017. Tout cela sera utile pour assurer Monsieur tout le monde sur la bonne santé du pays. Cela sera également utile pour les admirateurs des élections.

    En revanche, avec des gouvernements laxistes et assoiffés de pouvoir, un plan Marshall sera un beau cadeau tombé du ciel pour duper des millions de tunisiens. Tout comme la planche à billet, ses dégâts ne seront observés qu’après quelques mois voire des années.

    Avec des milliards de dinars de plus, la Tunisie trouvera des solutions court-termistes mais jamais des solutions radicales. Ils partageront le gâteau jusqu’au chao.  

    Toutefois, un tel plan sera la meilleure solution au cas où il sera destiné à financer des investissements créateurs de valeur ajoutée. Pour ce faire, il faudrait frapper fort et agir fermement avec la corruption, la contrebande, l’économie parallèle, les sit-in anarchiques, la bureaucratie, la dictature syndicale …

    Le terrain doit être préparé pour un plan Marshall. En Europe, après la deuxième guerre mondiale, les européens (gouvernements et citoyens) étaient avertis de l’ampleur de l’enjeu. Ils se sont mis au travail. Ils ont fait des concessions. Ils ont produit et ont innové. Les crédits n’ont jamais été un fardeau. Au contraire, ils étaient contraints de produire pour rembourser.

    Actuellement en Tunisie, sans de telles mesures et avec une telle mentalité, le plan Marshall sera l’Overdose qui tue.

    Soyons réalistes. Nous ne sommes pas encore prêts à cela. Nous avons encore d’autres solutions. Commençons par les mentalités !

    SBK